I L - Y - A - U N E - O M B R E - A U - T A B L E A U

 


TOULOUSE 2005
(exposition personnelle
)


PARIS 2007 - Mairie du XIIIe
(exposition personnelle)


MONACO 2008 - Galerie du Forum
Exposition personnelle

 

HAYAT, ou comment (dé)peindre notre Temps
par Francis Parent

C'est un truisme de le dire, mais il faut pourtant le répéter tant cela semble oublié de nos jours : les artistes marquants dans une époque et un lieu donnés sont ceux qui, avec les moyens spécifiques de leur Temps, expriment au mieux la spécificité de cette époque et de ce lieu. A l’aube d’un troisième millénaire perclus de conflits de toutes sortes et dans nos sociétés occidentales ultra-technologisées, l’artiste contemporain ne peut donc plus se contenter de représenter sur une toile de lin, avec des couleurs à l’huile « en un certain ordre assemblées » ( Maurice Denis ), de jolis paysages ou tout autre sujet an-historique.
S'’il veut compter, cet artiste devra s'approprier ces avancées technologiques et les mettre au service de sa propre démarche afin que ses oeuvres puissent devenir des sortes de « condensations » ( dans le sens « analytique » ) immarcescibles, face au Futur, de ce que cette histoire et cette Société auront pensé, engendré, transformé, détruit, etc. Mais il ne faut pas non plus qu’il s'empare ( se pare… ) de ces techniques avec pour seule fin ( comme cela est devenu, hélas, trop souvent le cas… ) de paraître, suivant l'expression de Baudelaire, « Absolument moderne » … ! Car la techné en soi n'est rien s'il n'y a pas un sens profond qui structure l'oeuvre. Ainsi parmi les nouveaux moyens que l'Art s’est approprié pour signifier une certaine « contemporanéité» ( Vidéo, Installation, Informatique, etc. ), la Photo est-elle devenue en peu de temps, l'expression la plus ubiquitaire sur les cimaises les plus « branchées ». Hélas, ces images sont –la plupart du temps- d’une anodinité affligeante et l'importance de leur format, souvent en relation directe avec l'immensité de leur viduité… Dans cette nouvelle contextualité artistique où, comme dans le reste des représentations symboliques, tout est fait pour entretenir l'obscurantisme ( et pas seulement religieux : se rappeler les propos du patron de TF1, M. Lelay… ), il est quand même rassurant de constater qu’il reste des artistes pour qui l'énonciation en incipit n'est pas un truisme à oublier mais, au contraire, une gageure toujours à reconquérir…


Hayat fait indéniablement partie de ceux-ci, et il est clair que, de ce point de vue, cet artiste comptera pour les Temps futurs.
D'abord parce qu'il utilise dans sa création les moyens techniques de notre modernité, comme la photo numérisée. Ou, plus exactement, les images qui lui sont consubstantielles. Qu'elles proviennent de ses propres prises de vues, qu'elles soient découpées dans la presse ou importées par Internet puis imprimées, peu importe puisque ce n'est pas le formalisme technique qui intéresse l'artiste mais le contenu des images qui, lui, renvoie à une Temporalité et à une Réalité historique données. Des images qu'il pourra donc utiliser telles quelles ou, le plus souvent, en les retouchant, les agençant, les transformant par ordinateur, comme un nouveau « metteur en scène » de cette nouvelle Réalité.
Ensuite et surtout, parce qu’il ne se contente pas de saisir passivement les représentations de ce Réel avec la technologie actuelle, mais que, par elle -et évidemment par la puissance de sa créativité - il en force le sens afin de mieux nous en faire percevoir l'essence. Et, par là même, afin de tenter d’agir sur lui. Tant que faire se peut évidemment, dans la mesure où ces moyens artistiques ne travaillent que sur les modes d'apparaître de ce Réel, donc que sur du Symbolique. Mais par ce Symbolique, pourra tout de même s'ébaucher une nouvelle prise de conscience des futurs « Regardeurs » de ces oeuvres puisque, en définitive, ce sont toujours bien eux qui, non seulement « font le tableau » comme le disait Duchamp, mais aussi, font la Société qui produit ce Réel.
Car les images que nous concocte Hayat, elles, sont loin d'être anodines : scènes de guerres, de révoltes, de misères, de faits divers, etc., bref tout ce qui fait la féroce actualité de notre monde actuel. Mais aussi : scènes extraites de chef-d'oeuvre de l'Histoire de l'art, peints par Velasquez, Michel-Ange, Rubens, Murillo, etc., bref, par tous ceux qui, en contrepoint artistique, ont fait aussi la noblesse de notre passé.
Mais la particularité de l'oeuvre d’Hayat, c’est que ces 2 catégories d’images n'y sont pas traitées diachroniquement sur une même surface comme ont pu le faire, dans les années 60, les artistes de ce que Gérald Gassiot-Talabot avait nommé la « Figuration narrative ». A cette époque, ceux-ci avaient bien vu ( et en pleine adéquation avec l’explosion de l'univers médiatique et de celui de la « société de consommation » ) combien la collision iconique d'espaces-temps différents ne faisait pas qu'additionner les sens respectifs des images traitées, mais ( comme l'avait déjà montré le Sémioticien russe Poudovkine, dès les années 20 ) combien cela en démultipliait les inférences. Cette spécificité européenne apporta alors une plus grande richesse de lecture des images que n'en offraient celles relevant du « Pop Art » puis de « l'Hyperréalisme » venues d’outre-Atlantique. Et Hayat, dans sa discursivité, utilise bien entendu ces acquis historiques. Mais à cette « lecture productive » de la planéité, il apporte une dimension supplémentaire : celle de la profondeur.
En effet ses images, d'abord numérisées, puis retravaillées en fonction de ces 2 catégories, sont ensuite imprimées sur 2 plaques d'altuglas différentes ( et ici pas d'esbroufe quant aux formats ! ) qui seront assemblées, mais maintenues écartées, soit en superposition exacte, soit en décalage ( comme pour mieux désigner cette disjonction d’espaces-temps), grâce à des châssis ou a des cadres en bois dont la fonction est tout autant métaphorique que jonctionnelle. En effet, la croisée de tasseaux qui, depuis toujours, tend la toile de lin pour en faire un tableau, a ici une double occurrence. D'une part, elle est métonymie de l'art pictural en général, et Hayat entend inscrire historiquement son travail dans cette tradition, parce que justement, celui-ci ne se donne pas à voir comme pictural, même s'il ne dédaigne pas parfois inclure dans certaines compositions numériques des (re)touches de peinture manuelle. D'autre part, elle renvoie – appuyée en cela par l'évidence manifeste des gros boulons qui maintiennent souvent ces ensembles plaques/châssis – à la Figure de la Crucifixion, base de l'iconographie chrétienne qui fonde notre civilisation occidentale, et donc aussi la tradition humaniste dans laquelle se reconnaît l'artiste.Ainsi, grâce à la transparence de ces plaques et à la lumière qui peut circuler entre elles, ce qui se lit à la surface de chaque oeuvre, EST ce qui se lie aussi à la profondeur, dans un subtil mélange de fond et de forme, de signifié et de signifiant. Lecture à double niveau, qui n'est donc pas sans évoquer la « double articulation » du langage, analysée par Saussure, ou encore les « deux couches de signification » décrites par Panofski. Tout comme ce jeu de lumières et d'ombres circulant entre les croix des châssis n'est pas sans évoquer la Mystique de la lumière byzantine séparant le Visible de l'Intelligible…
Des subterfuges qui n'ont d'autre but que d'inciter le « regardeur » à chercher à mieux discerner le langage de l'artiste qui s'articule là. Et comme ce sont plutôt des images du passé ( les oeuvres d'art) qui sont imprimées dessous, et des images du présent (les documents d’actualité) qui sont imprimés dessus, ce qui se forge dans cette remontée du temps, c’est justement le lien « objectif » (double sens, là encore, en ce que la photo, par son objectif, réalise « le lien illogique de l'ici et de l’auparavant » comme l'écrivait Roland Barthes ) qui tisse la démarche de l'artiste à l'Histoire.
Et cette démarche montre clairement dans sa sémiologisation ( il ne faut pas s’y tromper : Hayat, en tant qu’ancien publicitaire, maîtrise parfaitement – contrairement à bien d'autres artistes ! - les codes de la communication. N'oublions pas que la Sémiologie, avant d’être appliquée à l'iconographie savante, s'origine dans un texte de Barthes analysant tout simplement… une publicité pour les pâtes Panzani ! ) que si les matériaux du constat ont changé – de la disposition bien orchestrée des pigments sur la toile à la manipulation des formes et des couleurs par le Tout numérique - l'Histoire de l'Humanité, elle, connaît toujours les mêmes malheurs, les mêmes intolérances, les mêmes injustices.
Mais aussi les mêmes révoltes et les mêmes espoirs suscités par une identique prise de conscience de ceux qui ( et c’est l'honneur de cette Humanité-là ) auront lutté contre, ou du moins ( d )énoncé ces réalités. Contre l'oubli du Temps. De ce point de vue, l'oeuvre de Hayat est incontestablement à rapprocher de toutes celles qui, loin des opportunismes formalistes du moment, ont su exprimer au mieux – et ainsi garder pour l’Histoire - des pans entiers de leur époque ( le « Tres de Mayo » de Goya, le « Guernica » de Picasso, etc…). Prenons quelques exemples :Ainsi dans « S.T. n° 10 », lorsqu’il fait se fondre les images d’une peinture de Vélasquez représentant le pape Innocent X et des photos contemporaines N/B montrant une foule bombardée par l'aviation, Hayat nous interpelle-t-il directement, par un glissement de sens et de technique, sur le rôle des Eglises face aux conflits. Car, en creux, il s’agit aussi, évidemment, de l'Innocent X ré- interprété par Francis Bacon qui, en 1953, l'avait englobé dans une sorte de rideau de dégoulinures de peinture et lui avait fait ouvrir la bouche en un cri d’effroi. Un « cri » certes « Münchéen », mais néanmoins indéterminé dans ses causes profondes. Ici, Hayat est beaucoup plus clair et direct. S'il a rendu au pape son imperturbabilité et sa bouche fermée, il lui a par contre fermé les yeux par manipulation numérique, et, par manipulation icono-linguistique subliminale, substitué au fameux rideau de peinture de Bacon, un rideau de bombes. Ici donc, pas de cri de révolte indéterminé mais une dénonciation irréfutable : devant ce massacre-ci ( mais comme devant bien d'autres… ) l'Eglise est toujours restée muette et a toujours fermé les yeux…
Ou dans « S.T. n° 47 », image d'un tableau de Holbein le Jeune représentant Anne de Clèves, assemblée avec l'image d'un enfant victime d'aujourd’hui, comme si la Princesse tenait effectivement celui-ci dans ses bras. Entre la richesse visuelle ( couleurs et sujet ) offerte par cette peinture du XVIème siècle et la dureté du photoreportage N/B actuel, ce rapprochement « physique » incongru sérénité/détresse, luxe/misère, etc. , désigne d'autant plus fortement l'infinie distance qui, en réalité, sépare de tous Temps les possédants et les malheureux. Et Hayat dénonce ici non seulement les formes de la « charité business » comme celle pratiquée par une autre princesse -actuelle, celle-là, Diana- dont la Fondation s'occupe d'enfance malheureuse ( … enfin, de quelques enfants… ), mais aussi tous ceux qui, malgré ces approches pseudo caritatives, n'entendent évidemment pas changer quoi que ce soit au système qui génère et entretient ces gigantesques inégalités…
Dans « S.T. n° 42 » ( à noter que l'artiste donnait auparavant de « vrais » titres à ses oeuvres. Il ne le fait plus car, dit-il, « cela orientait trop la lecture » ), au fond, l'oeuvre célèbre d'un anonyme de l'Ecole de Fontainebleau ( XVIème siècle ) montrant « Gabrielle d'Estrées et la Duchesse de Villars au bain ». Ou plus exactement, un détail précis, très agrandi, mais qui est métonymique de l'ensemble tant cette partie est connue : les doigts de Gabrielle saisissant délicatement la pointe d’un sein de la Duchesse. En superposition, l'image actuelle d'une foule compacte de femmes pakistanaises, toutes transformées ( car « bien encadrées », comme le signifie évidemment le cadre doré positionné non pas autour de l'oeuvre –ce que l'artiste fait aussi parfois avec une certaine ironie- mais comme absorbé à l'intérieur même du fameux dispositif des 2 plaques d'altuglas, en plein milieu de l'image de ces femmes ) en tristes fantômes par leurs identiques tchadors blancs. Hayat montre ainsi que malgré cet « amour courtois » déjà en usage en Occident il y a 5 siècles, malgré les luttes féministes du XXème siècle, dans certains pays et à cause de certaines religions obscurantistes, aujourd’hui encore, la Femme se trouve toujours reléguée, enfermée, soumise…
Ou dans « S.T. n° 43 ( A-B-C ) », triptyque réalisé à partir d’une oeuvre de Dürer où celui-ci s'était autoportraituré en Christ. Trois images entièrement bleues ( « couleur mortifère », comme le disait J.F. Lyotard à propos du bleu de Monory… ) dont les ajouts de barbelés dans la première, d’un poing fermé dans la seconde et d’un micro de C.N.N. dans la troisième, expriment en un saisissant raccourci, ce qu'est devenue la « Passion » de notre époque: enfermements, révoltes, notoriété…
Une vision donc toujours critique, souvent acerbe, parfois désabusée, mais aussi quelques fois n’excluant pas un certain humour, voire même une certaine autodérision confessionnelle.
Ainsi de « S.T. n° 2 » qui juxtapose en images et cadres décalés, une vue actuelle du Mur des Lamentations à Jérusalem, avec une foule de croyants butant de dévotion sur ce tas de pierres, et, comme en apparition dans la profondeur de l'énorme mur, un immense buste de Moïse ( en fait, un détail agrandi de la Chapelle Sixtine, peinte par Michel Ange ) semblant exhorter son peuple à regarder au-delà de la forclusion de cette sorte de barrière religieuse… Ou de « S.T. n° 20 », avec son « Christ à la colonne » de Simon Vouet qui, penché sur le coté, semble regarder par-dessus l'épaule d’un homme d'aujourd’hui, absorbé par la lecture de son « quotidien » ( il s'agit ici du journal Roumain « Romania libera », mais cette métaphore renvoie bien sûr au quotidien de tous ), comme si la Religion s’intéressait enfin aux autres « crucifiés » du monde… Ou encore de « S.T. n° 12 » où deux rangées de soldats ( visiblement de pays sous-développés ), graves et néanmoins barbus, forment comme une haie d’honneur à tous ceux qui voudront bien entrer dans le Temple de l’ « Origine du monde » ouvert en gros plan, là, juste au fond de la travée…On le voit, l'oeuvre de Hayat est complexe et sans concessions. Certes son aspect esthétique n'est pas négligeable, et ses compositions d'images, ses agencements de couleurs (d'origine ou manipulées numériquement ), ses (re)cadrages, etc., manifestent une maîtrise parfaite du vocabulaire plastique par leur auteur. Mais par delà « l'artisticité » et la qualité de ces images, ce qui est le plus important, c'est plutôt ceci: n'utilisant pas les moyens plastiques d'autrefois mais les technologies disponibles d'aujourd’hui, cette oeuvre aurait pu emprunter les chemins de « l'in-sensé » ( le sens écrasé par la techné ) ouverts dès 1985 par « Les immatériaux » de J.F. Lyotard, et élargis par les « Arts technologiques » de F. Popper ensuite ; au contraire, elle s'enracine dans l’Histoire afin d'en faire mieux jaillir – via le regard de l’artiste sur le présent - le sens de notre Futur.
Hayat est donc bien un artiste avec qui il faudra dorénavant compter. Car, on l’aura compris, bien qu’éloignée de la « picturalité » classique, son oeuvre singulière et implacable restera comme une « peinture » absolument irremplaçable de notre Temps et de nos Sociétés…

F. P.
Paris, décembre 2004 (catalogue "Il y a une ombre au tableau" 2005)


HAYAT or how to depict our times
by Francis Parent

Even though it’s often been said, it has to be repeated, since it seems to be forgotten these days, that the artists who stand out in any epoch in any given place, are those that best express what is specific about their Time with the specific means of that epoch in that place. Therefore at the dawn of the third millennium, filled with all kinds of conflicts in our ultra high-tech western society, the contemporary artist can’t content himself with painting pretty landscapes or any other such subject that has always been done “in a certain put together order” (Maurice Denis).

If he wants to count, the artist must adapt these technologies to his own use, so that he can turn what this society would have thought, generated, transformed, destroyed, and so forth, into a sort of “condensation” that will last well into the Future. But he mustn’t exploit these techniques for one sole purpose...(which is all too often the case)...to be “Absolutely modern” as Baudelaire says...! Because the technique in itself is nothing if the work is not profound. And so we find that in the contemporary world of Art (computer, video, installation, etc.) the photo has recently taken over most of the “in” shows. Unfortunately, most of the time, these images are distressingly trivial, and often their size is in direct relationship to their emptiness. In this new artistic context, where all is done to prevent any clear understanding, it’s reassuring to find artists that are interested in using the technology of their times to express the essence of their times.

Hayat is undeniably one of these, and from this point of view, will count for the Future.
First of all because he uses modern technology like the computer and the digital camera. And more exactly because he uses images that hold the same charged content. That they come from his own shots, that they are cut out of newspapers, or imported from internet and then printed, doesn’t matter, since it’s not the actual technique that interests the artist, but the content of the images that are placed in a Temporality and a given historic Reality. Images that he can use as they are, or most often, by retouching them, reframing them, rearranging them, transforming them with the computer, like a new “director” of this new Reality. And finally because he’s not satisfied using existing technology to passively record the representations of this Real, he uses it to push the meaning further until he reveals its essence. And future viewers might even draw new conclusions from this same Symbolic, since as Duchamp says, there are always those who not only “make the Picture” but who also make the Society that makes the Real.

The images that Hayat concocts for us are far from being trivial: scenes of war, of revolt, of misery, of current events, in short all that makes the hard news of our actual world. But also: scenes extracted from masterpieces of art history, painted by Velasquez, Michelangelo, Rubens, Murillo..., in short by all those who in contrast have also “made” our past noble. But what is unique about Hayat’s work is that these two categories of images are not treated as studies in time on the same surface. This was in fact done by a group of artists in the 60s, in what the French art critic Gerald Gassiot-Talabot has called the “Figuration narrative”. These same artists were witnessing the explosion of the media and the “consumer society”. They saw that there was not only more meaning possible but less conclusion possible when images of different times and places were thrown together. (This was even noted as early as the 20s by the Russian scholar Poudovkine.) This specifically European mixture of images offers a much richer possibility of meaning than the single images of “Pop Art” or “Hyperrealism” that were coming from America. And Hayat makes use of this historical knowledge in the rich mixture of his images. But to their flat imagery he adds depth.

His images are first of all digitalized and reworked in these two categories – the current and the historic – and printed on two separate plates of plexiglass. These plates are superimposed and slightly separated in space by classical frames or stretcher bars which are often broken or tipped sideways...as if to call attention to the strange meeting of these images in place and time. The cross bars of the stretchers, that have traditionally been used as a support for linen canvas to make a painting, have a double significance. On the one hand they represent all “pictures” in art and Hayat’s work is to be included in this tradition, even if it doesn’t look like a picture and is not even painted...(although he might at times include retouches by hand in his digital compositions). On the other hand they call to mind the Crucifixion... (especially with the big bolts that often hold these plexiglass / wooden structures together)...This being the basis of the Christian iconography and the foundation of our western civilization and therefore the humanist tradition that includes Hayat and his work.

Because of the transparency of these plates and the light that circulates between them, there is a subtle mixture of foreground and background...of form and depth...of signified and significant. Thus each work is one, in the sense that what is seen on the surface is tied to what is seen in the depths... A double level of interpretation like the “double articulation” of language analyzed by Saussure, and the “two layers of signification” described by Panofski...As even this play of light and shadow that circulates between the cross bars of the stretchers evokes the Mysticism of the Byzantine light that separates the Visible and the Intelligible...

This structural layering has no other purpose than to encourage one to look closer to better understand the message. And since the images of the past (works of art) are mostly printed underneath, and the images of the present (news photos) are printed on top, the artist weaves us back through time...or through the “illogical connection between here and beforehand” as Roland Barthes writes.

But make no mistake: Unlike many other artists, Hayat, having worked in publicity, masters the codes of communication perfectly ... Let’s not forget that Semiology (the study of signs and codes) originated in a text by Barthes, analyzing quite simply...a publicity for Panzani spaghetti..!...before it was applied to the study of sacred images. With his clear use of codes, Hayat shows us that if the given materials have changed – from pigments on canvas to the manipulation of forms and colors by the All important computer – that the History of Humanity still knows the same unhappiness, the same intolerance, and the same injustice.

But it also knows the same hopes and the same revolts...Aroused by the same consciousness in those that would fight against or at least expose these realities...Against the oblivion of Time. From this point of view, Hayat’s work is close to all those that went beyond technique to best express the span of their epoch.
(“Tres de Mayo” by Goya, “Guernica” by Picasso, etc.) Let’s take some examples:

We find this sliding together of technique and meaning in his “S.T. 10”. By blending Velasquez’s painting of Pope Innocent X with contemporary photos of a crowd being bombed by planes, Hayat questions us directly about the role of the Church in conflicts. This work is of course a reinterpretation of the same Pope painted in 1953 by Francis Bacon, who at that time engulfed him in a kind of curtain of drips of paint and had his mouth opened in a terrified scream... A scream like that painted by Munch and where the cause is likewise a mystery. Here Hayat is much more clear and direct. We see a closed off Pope with a closed mouth and (digitally manipulated) closed eyes under a new “curtain” of bombs. There is no mystery to the question that the artist asks: How can the Church always close its eyes and be silent in the face of such massacres?

Or in “S.T. 47” where we have a portrait of Anne de Cleves painted by Holbein the Young under a photo of a child victim, as if the Princess were holding it in her arms. The difference between the richness (in color and subject) of this XVIth century painting and the harshness of the black and white news photo... this uncomfortable physical closeness of luxury and misery...of serenity and distress... shows all the more clearly the infinite distance that has forever separated the haves and the have-nots. And Hayat denounces here not only “charity business”, like that practiced by our former modern day Princess Diana, whose Foundation takes care of (some) unhappy children, but also all those that, in spite of their contributions to these charities, don’t intend to change anything at all about the system that generates and maintains these enormous inequalities.

Or in another piece, (the artist doesn’t give “real” titles to his work anymore because he says that they influence the viewer too much) “S.T. 42”, a famous anonymous painting that dates back to the Fontainebleau school of the XVIth century: “Gabrielle d’Estrees and the Duchess of Villars Bathing”. Or more exactly a blown up detail (but so well known that we know the whole painting) of Gabrielle’s fingers delicately taking hold of the tip of the Duchess’s breast. Superimposed is a photo of a mass of women in Pakistan, all looking like sad ghosts in their identical white veils. And a golden frame, slightly off center and slightly too small, is trapped like the women themselves, between these two plates,. Hayat shows us that in spite of this “courtly love” in the west that dates back five centuries, and in spite of the struggles of the feminists of the XXth century, today Women still find themselves trapped in second place, submissive, and closed in.

And yet another “S.T. 43 A-B-C” is a triptych based on Durer’s painting of himself as Christ. Over the three identical portraits, all completely blue (the “dead color” as J.F. Lyotard says), he places barbed wire in the first, a closed fist in the second, and a C.N.N. microphone in the third. In a short cut, Hayat expresses what has become the “Passion” of our epoch: be imprisoned, a rebel, and famous...

So here is a vision that’s always critical, often caustic, sometimes disillusioned, but sometimes too with a sense of humor, even perhaps making fun of himself and his own beliefs:

As in “S.T.2” that juxtaposes a photo of the Wall of Lamentations in Jerusalem, showing a mob of believers pressed in devotion against this pile of stones, and a painting of Moses (a blown up detail of the Sixtine Chapel painted by Michelangelo) who seems to rise like a huge apparition from the depths of this wall to urge his people to look beyond this sort of religious barrier...Or “S.T. 20” with Simon Vouet’s “Christ at the Pillar”, who’s leaning to the side to read the newspaper over the shoulder of a modern man (in this case it’s the Roman newspaper “Romania Libera” but the metaphor is for all of our news), as if Religion was finally interested in all others “crucified” around the world...Or yet “S.T. 12” where a wide open close up of Courbet’s once scandalous “Origin of the World” is covered with two rows of soldiers (from visibly underdeveloped countries, serious and bearded), forming a guard of honor right there at the bottom of the opening, for anyone who would like to enter the Temple...

Hayat’s work is complex and uncompromising. It’s true, his compositions of images, his arrangements of colors, and his (re)framing all show a perfect mastery over digital manipulation and esthetics in general. But beyond the quality of his images and his Artfulness is this: By using the available technology of today, instead of the age old methods, his work could have fallen into the trap of “l’in-sense’” (or senseless) where with the right technology, meaning could be nonexistent. (The possibilities of this new technology were first theorized in 1985 by J.F. Lyotard in “Les immateriaux” and further developed by F. Popper in “Arts technologiques”.) But instead of this, his work reaches deep into history and looks closely at the present to be a springboard for our future. We can therefore count on Hayat. For even though he doesn’t make classical “pictures”, his remarkable work will remain like a “painting” of our Society and our Times.

Translation Kathy Burke, Paris